L'homme symbiotique , commentaire de six dessins .

L'Homme symbiotique  Melle 2009

                       Six dessins viennent s’ajouter aux dessins précédents abordant la notion d’Homme symbiotique

                       Chaque dessin numéroté de 1 à 6 correspond à une étape illustrant la transformation d’un système monolithique (pensée unique , capitalisme comme unique proposition économique , centralisation des pouvoirs , centralisation des circuits de production et de distribution etc.) vers une multitude de systèmes autonomes fonctionnant sur un modèle d’échanges matériels et immatériels à plusieurs échelles .

                       L’ensemble correspond à la vision d’un système promis à la ruine tandis qu’un autre naît .

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1 – Le pouvoir dominant , miné de l’intérieur , tente de redresser l’équilibre chancelant menacé par ses propres dérives . Une multitude de contre-pouvoirs exerce une pression depuis l’extérieur et fragilise d’autant l’édifice monolithique basé sur une croyance en un système économique et social unique .

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2 – Malgré les efforts pour consolider l’architecture du système construit sur la seule mécanique des échanges matériels et de la consommation , celui-ci s’effondre .

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3 – En se brisant il rejoint les structures autonomes qui ont contribué à sa chute . Il s’y amalgame et se transforme à leur contact sans pouvoir imposer sa règle et son modèle , désormais caducs . Cet ensemble dispersé correspond à une société atomisée qui doit inventer de nouveaux modèles d’échanges , de partage et de distribution des biens matériels et immatériels .

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4 – Dans son cycle de vie l’arbre restitue à l’environnement l’énergie qu’il lui prend . . L’Homme symbiotique est celui qui , en épousant ce modèle fonctionnel répond à la question posée par le Jardin Planétaire : « Comment exploiter la diversité sans la détruire ? » .

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5 – Si la figure de l’arbre représente le modèle fort , stable et longévif , celle de l’herbe s’apparente au modèle fragile , instable et de courte durée . En réalité les deux figures fonctionnent selon le même rapport à l’environnement : par un recyclage constant des énergies sans autre accumulation de déchets qu’une matière organique décomposable . ( Les végétaux , êtres autotrophes, fabriquent leur nourriture à partir de l’énergie solaire et des minéraux issus de la dégradation des matières organiques , des roches etc.)

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6 – En tant qu’êtres hétérotrophes (prédateurs) les animaux humains , incapables de synthétiser leur nourriture doivent la prélever dans l’environnement . La possibilité de replacer dans l’environnement l’énergie prélevée et transformée suppose la mise au point d’une économie opposée à celle qui régit la planète aujourd’hui . Le nouveau modèle s’oriente vers une non-accumulation des biens matériels : déchets occupant maladroitement le territoire et polluant les substrats au détriment de la vie .

      L’ensemble des systèmes autonomes , constitués en « voie lactée » , (fig.3) ,assure son autonomie en assurant , pour chaque entité :
- un circuit court de production et de distribution des biens de première nécessité ,
- une ou plusieurs centrales de production d’énergies localisées permettant le fonctionnement des systèmes sans dépendance vitale à un quelconque système principal et lointain .
- un recyclage systématique , direct ou indirect , des produits issus du fonctionnement de la société humaine
Cette série d’échanges localisés apparaît en traits sombres et courts  dans la figure 6 .

      Par ailleurs chaque système échange avec ses voisins , proches ou lointains , des biens immatériels  (ou bien de haute nécessité) impossibles ou difficiles à trouver localement , nécessaires à l’enrichissement culturel de la société ainsi atomisée . Cette série d’échanges distants , concernant les biens immatériels et , plus rarement les biens matériels impossibles à se procurer localement , apparaissent en gris sur le dessin, liant les systèmes distants entre eux . (fig. 6)

       Les deux modes d’échanges –proches et distants – correspondent à une nouvelle économie fonctionnant sur le modèle de l’arbre et de l’herbe où tout ce qui est pris dans la  nature lui revient sans dégradation qualitative , quelle que soit la forme et le niveau de transformation de cette restitution . Cette nouvelle économie caractérise l’Homme symbiotique .

     Une feuille morte tombée au sol n’est pas une souillure , c’est une nourriture .


Gilles Clément
La Vallée le 1er juin 2009

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La position de Melle . Jardin d'eau - jardin d'orties

La position de Melle 
Jardin d’eau-jardin d’orties



                   Le jardin d’eau-jardin d’orties de Melle trouve sa place dans un contexte de résistance au système dominant par lequel tout se marchandise au détriment de l’environnement  et de l’humanité .

                   Il met en scène un lagunage de dimension modeste emblématique du traitement de l’eau par les plantes . Trois bassins plantés de végétaux filtrent l’eau de façon naturelle et la restituent au ruisseau après l’avoir débarrassée des éléments en excès (nitrates notamment) . Ils traversent un champ d’orties dont l’omniprésence traduit précisément l’eutrophisation du milieu : excès de nitrates mais aussi de phosphates et d’autres substances issues des différentes sources de pollution de proximité .

                  Un pont traversant les bassins rejoint une plate-forme au milieu des orties . Les différents sentiers qui mènent à la plate-forme sont taillés à même la masse d’orties de façon à ce que les visiteurs ne risquent pas les piqûres . Au milieu de la plate-forme un filtre à purin se dresse comme une sculpture de métal émergeant des orties . Régulièrement on y filtre un purin préparé à partir des orties alentour . Mis en flacons , ce purin , déclaré interdit d’usage et de vente par un texte de loi inique en date de janvier 2006 interdisant l’usage de produits non homologués, est distribué gratuitement au marché de Melle chaque vendredi . L’amendement à cette loi , obtenu grâce à la ténacité des « résistants » et autorisant  finalement l’usage de quelques produits dits « peu préoccupants » tels que le purin d’orties , n’a fait l’objet d’aucun décret  d’application trois ans plus tard . C’est donc toujours la loi dans sa version initiale qui prévaut . Cette loi  menace la liberté la plus élémentaire de l’humanité :  vivre avec son environnement de façon directe et gratuite .

                   Le jardin d’orties de Melle participe à l’ensemble d’un mouvement de résistance à la confiscation du bien commun , brevetage abusif du vivant et marchandisation de celui-ci par les seules multinationales capables de s’offrir une homologation coûteuse . Le jardin d’orties se positionne en faveur de la gratuité  de produits qui  par ailleurs ont fait leur preuve à partir des  expériences de jardiniers au fil du temps – qui , de ce fait , appartiennent à l’histoire et non à une quelconque entreprise privée - et que chacun peut reproduire chez soi sans avoir à en rendre compte .

                   Le jardin d’orties de Melle se trouve dans une prairie humide traversée par le Chemin de la découverte . Ce chemin décrit un large parcours autour de la ville en empruntant une ancienne voie ferrée . Planté de plus de 1600 taxons couvrant de nombreuses familles botaniques dont 9 sont homologuées par le CCVS (Conservatoire des collections végétales spécialisées) le Chemin de la découverte peut être considéré comme un arboretum à la fois original et généreux , unique sur le territoire français . Ouvert à tous , gratuit , permanent , appartenant au tissu urbain , offert aux visiteurs et aux résidents, il est l’exemple même d’un fragment de la connaissance mis à la disposition de chacun sans autre calcul que celui d’améliorer  les conditions de vie des habitants par une combinaison heureuse de la science et de l’esthétique en livrant à chacun les possibilités d’accès à la connaissance  . Chaque étiquette est un savoir , chaque arbre un élément de la diversité organisant le paysage .

                   L’ensemble Jardin d’eau-jardin d’orties , Chemin de la découverte , Biennale d’art contemporain –(à laquelle le jardin d’orties doit tout puisqu’il est né à cette occasion)– traduit un état d’esprit d’ouverture et de générosité  qui situe la ville de Melle dans un registre où la question immatérielle tout autant que la question matérielle créent les conditions de l’équilibre et forgent , ainsi que je le dis parfois à propos du jardin , un territoire mental d’espérance . Cette « ambiance » d’ouverture et de générosité doit beaucoup à la constance de Jean Belot , ancien maire aujourd’hui disparu . La municipalité actuelle , par une juste perception des urgences à situer l’art et la connaissance dans les préoccupations quotidiennes , fait à la fois évoluer et perdurer ce projet humaniste de haute qualité
.
                    Telle est , selon moi , la position de Melle en ce début de siècle .

Gilles Clément .
La Vallée 2 juin 2009

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